La hausse des températures conduira à
l’avenir à une augmentation de l’intensité et de la fréquence des «
épisodes cévenols », explique le chercheur Philippe Drobinski.
Les violentes intempéries dans les Alpes-Maritimes sont-elles dues au réchauffement climatique ?
Le Monde.fr
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Propos recueillis par Audrey Garric (propos recueillis par)
Les très violents orages qui se sont
abattus, samedi 3 octobre au soir, sur les Alpes-Maritimes, faisant au
moins 17 morts, posent de nouveau la question de la responsabilité du
changement climatique en cours. S’il n’est pas possible de conclure
aujourd’hui à un lien avec le réchauffement, la hausse des températures
conduira à une augmentation de l’intensité et de la fréquence des
« épisodes cévenols », explique Philippe Drobinski, directeur de recherches au CNRS et coordinateur d’HyMeX.
Ce programme, mené par Météo-France
et le CNRS, en partenariat avec d’autres instituts internationaux,
mobilise 400 scientifiques sur dix ans (2010-2020) afin d’améliorer la
compréhension et la modélisation du cycle de l’eau en Méditerranée, de
sa variabilité – en particulier des événements de pluies intenses – et
de ses caractéristiques sur une décennie.
Qu’est-ce qu’un « épisode cévenol » ?
Philippe Drobinski : Il s’agit d’épisodes de pluies brèves et intenses, et de crues rapides, qui surviennent sur tout l’arc méditerranéen, depuis l’Espagne jusqu’à l’Italie et la Croatie,
particulièrement à la fin de l’été et au début de l’automne. Sous
l’effet d’une dépression qui vient de la péninsule ibérique, un air
chaud chargé d’humidité remonte vers l’Europe
en provenance de la Méditerranée. Il se heurte aux barrières
montagneuses des Alpes, du Massif central et des Pyrénées. Quand il
rencontre ces reliefs, l’air monte et se refroidit, entraînant la formation
de précipitations. Cela déclenche des orages répétés et de fortes
accumulations de pluie, souvent plus de 100 mm en une journée.
Ces épisodes sont-ils en hausse ces derniers temps ?
Les
ingrédients qui conduisent à la formation de ces phénomènes ont
toujours existé : les conditions d’automne ont toujours été favorables
pour amener
de l’air humide sur les contreforts alpins. Mais pour l’instant, on ne
dispose pas de statistiques suffisamment robustes pour conclure à une
augmentation de ce genre d’épisodes ces dernières années.
Le réchauffement climatique est-il en cause dans les intempéries de ce week-end ?
Non, on ne peut pas attribuer l’événement des Alpes-Maritimes de samedi au changement climatique car on manque encore de recul. Il est difficile de faire
le lien entre la tendance de fond du réchauffement et les épisodes
météorologiques ponctuels. Pour les canicules, le signal est beaucoup
clair : si l’augmentation de la température est très forte, on peut la déceler dans la variabilité naturelle du climat
(entre les jours et les nuits, les différentes années, etc). En ce qui
concerne les précipitations au contraire, ce signal est pour l’instant
complètement noyé dans cette variabilité naturelle : on n’est pas
capable de dire si tel épisode qui survient est attribuable au changement climatique ou pas.
La question est de savoir
si la cause des événements dramatiques de ces dernières années réside
dans l’aggravation des pluies diluviennes en automne ou la vulnérabilité
des populations face à ces phénomènes. Si les zones urbaines
s’agrandissent, si l’hydrologie urbaine (notamment les réseaux de
canalisation d’eau) ne permet pas d’absorber les quantités d’eaux qui
viennent du ciel, si la régulation humaine des rivières n’est pas
suffisante, on peut avoir des événements catastrophiques. Il est très difficile de dire s’il y a un responsable dans l’histoire qui s’appelle réchauffement climatique ou urbanisation galopante.
Le changement climatique pourra-t-il aggraver ces phénomènes à l’avenir ?
Les lois de la physique nous disent que ce type d’événements risquent de devenir plus fréquents et plus intenses dans un contexte
de réchauffement climatique. De manière générale, sous l’effet de la
hausse de la température, l’atmosphère retient davantage de quantité de
vapeur d’eau, ce qui entraîne plus de précipitations par la suite.
La
situation est plus complexe dans le cas précis de l’arc méditerranéen.
D’un côté, les températures augmentant, le climat devient de plus en
plus aride et il pleut moins en moyenne. Mais d’un autre côté, la
Méditerranée joue un rôle crucial dans l’apport d’eau de l’atmosphère et
constitue un réservoir essentiel dans la formation des précipitations.
Avec la chaleur, davantage d’eau s’évapore de la Méditerranée, qui est
ensuite retenue dans l’atmosphère et conduit à une intensification des
précipitations intenses.
Quelles sont les premières conclusions du programme HyMeX ?
Nous
avons mené deux importantes campagnes en 2012 et en 2013, lors
desquelles nous avons récolté des données qui permettent de mieux comprendre
quels sont les ingrédients à l’origine de ces épisodes cévenols. Nous
avons procédé à des mesures extrêmement précises grâce à de nombreux
outils : des observations satellites, des avions Lidar
(lasers aéroportés) qui mesurent la quantité de vapeur d’eau de
l’atmosphère, des ballons qui dérivent horizontalement pour comprendre
comment les masses d’air s’humidifient au fur et à mesure qu’elles
passent de la Méditerranée sur le continent, des radars qui analysent
comment les précipitations se forment en mer et comment elles évoluent
en arrivant sur le continent.
HyMex a donc permis de tester une batterie de nouvelles observations et de voir leurs effets sur l’amélioration des prévisions météo. Le programme a notamment contribué à évaluer et améliorer la nouvelle version du modèle de prévision de Météo-France Arome, qui dispose d’une maille de calcul de 2,5 km, nettement plus fine que celle de ses prédécesseurs.
L’objectif d’un programme qui court jusqu’en 2020 est également de
comprendre comment ces épisodes cévenols fonctionnent d’une année sur
l’autre, et de voir si des tendances émergent sur dix ans, notamment du point de vue de l’impact du changement climatique.
Audrey Garric (propos recueillis par)
Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde
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