Mondial : après 90 % des matchs, pas de conclusions hâtives
Alors qu'il reste huit rencontres, la tentation est grande de se laisser aller à dresser de premiers bilans.
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Albrecht Sonntag
Brésil 2014 : gare à la tentation des conclusions hâtives
Le Monde.fr |
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Par Albrecht Sonntag
Deux journées sans matchs, pas loin de 90 % des 64 rencontres déjà derrière nous, plus que 8 à venir. La tentation est grande de se laisser aller à dresser de premiers bilans de cette Coupe du monde. Méfions-nous cependant des conclusions hâtives. Surtout si ces dernières s'appuient sur les résultats des huitièmes de finale. Car chacun des huit matchs a été âprement disputé, et chacun aurait pu produire un autre vainqueur, souvent à quelques malheureux centimètres près.
On aurait pu assister à une hécatombe des « grands » (Brésil, Allemagne, Pays-Bas, Argentine, France). Or ils sont tous là, en quarts, qualifiés certes dans la douleur, mais qualifiés quand même. Et il n'y a strictement aucune conclusion à en tirer si ce n'est que les voies du football restent impénétrables. Ou, comme on l'a formulé dans une chronique récente, le football reste le « royaume du conditionnel ».
Lire : Les huitièmes dans le rétro
Méfions-nous de la surinterprétation des résultats. Souvent, on a envie de trouver
des explications pour ce qui est parfaitement inexplicable. Prenons par
exemple le sort des équipes européennes. En matière de performance, le
départ « prématuré » de l'Espagne, de l'Italie et de l'Angleterre a fait couler beaucoup d'encre. Faut-il pour autant en déduire un mouvement de fond ? A déconseiller. En France, on est pourtant bien placé pour savoir que les performances des sélections nationales, collectifs à l'équilibre fragile, peuvent se dessiner en dents de scie.AUCUNE SUPÉRIORITÉ D'UN MODÈLE SUR UN AUTRE
Résistons aussi à la tentation de penser que les rescapés européens soient justement la France, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Que ce soient précisément les pays de l'Europe rhénane, échine de l'intégration européenne depuis le début des années 1950 n'est que pure coïncidence. Cela permet de s'amuser avec des tweets du genre « La vieille Europe fait de la résistance », rien de plus.
Et nous devrions rester très prudents devant l'observation que les nations européennes les plus performantes de cette Coupe du monde soient justement celles qui possèdent des codes de la nationalité ouvertes, intégrant le droit du sol et produisant par conséquent des équipes qui reflètent la diversité ethnique des pays d'immigration qu'elles représentent.
N'en déduisons aucune supériorité d'un modèle sur un autre. Il y a deux ans seulement, l'Italie et l'Espagne, pas vraiment les prototypes d'équipes multiculturelles, ont disputé la finale de l'Euro. Que fallait-il alors conclure ? Rien, justement.
UNE AUTHENTICITÉ PRÉSERVÉE
Pas de conclusions hâtives, donc. Ce qu'on est en droit d'observer, cependant, ce sont quelques tendances de fond du football mondial engagées depuis les années 1990 déjà et pleinement confirmées par ce tournoi. Le fait, par exemple, que la globalisation du football continue de resserrer les écarts de niveau entre les sélections. Mais aussi et surtout la divergence croissante entre le football des clubs et le football des sélections.
Le premier s'est mué, sous les coups de boutoir de la professionnalisation des ligues, de la commercialisation à outrance et du brassage sans limite facilité par l'arrêt Bosman, en produit « premium » formidable et lucratif de l'industrie du divertissement mondial. Il n'a jamais été aussi spectaculaire, mais il a aussi perdu quelque chose sur le chemin.
Son évolution a surtout permis aux équipes nationales et à leurs compétitions de se repositionner, de se re-profiler comme la variante du football qui a préservé son authenticité, son désintéressement et, n'ayons pas peur des mots, une part de son innocence : malgré des primes substantielles, les acteurs semblent s'y investir pour l'honneur et pour réaliser leurs propres rêves de gamins. En s'éloignant l'un de l'autre, les deux footballs ont gagné en profil.
La distinction toujours plus prononcée entre eux leur permet d'affiner leurs identités respectives. Tout porte à croire qu'il s'agit, notamment pour les équipes nationales, d'une évolution non intentionnelle plutôt que d'une campagne de marketing brillante. Peu importe, en fait. Ce qui est certain est que cette Coupe du monde, si elle se refuse aux conclusions hâtives, a déjà pleinement bénéficié de cette tendance profonde.
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