Chronique. Dans les autres
grandes démocraties, les responsables politiques quittent la scène quand
ils ont fait leur temps. En France, l'on ne meurt jamais en politique.
Parmi les singularités nationales, il en est une qui ne se dément
pas. Dans les autres grandes démocraties, les responsables politiques
quittent la scène quand ils ont fait leur temps. En France, l'on ne
meurt jamais en politique.
Et les Français raffolent de ces sagas sans fin, de ces éternels
retours, de ces histoires de guerriers laissés pour mort un jour et qui,
bientôt, remontent sur leur cheval, esquintés mais increvables, pour l'emporter enfin, ou à nouveau.
Au pays du revival politique, nul besoin de faire amende honorable et de confesserses
erreurs passées : l'échec surmonté devient une garantie de sagesse, la
solitude une preuve de courage et la ténacité un gage de lucidité. Tout
se passe comme si, en politique, les absents avaient toujours raison,
puisqu'ils ne sont pas comptables des difficultés, de l'inquiétude ou de
la défiance du moment.
A ce jeu-là, Nicolas Sarkozy
est incontestablement le champion. A l'Elysée, il occupait l'espace
avec une énergie confondante. Depuis sa défaite de 2012, il aiguise la
curiosité avec un talent consommé. Pas une semaine, désormais, sans qu'une gazette ne s'interroge : va-t-il revenir, quand, comment ? Et chacun de faire le récit de ce « grand retour », hier possible, aujourd'hui probable, demain évident. La palme revient au Figaro Magazine du week-end passé : une douzaine de pages pour tracer le profil du nouveau Sarkozy, « oecuménique » et rassembleur à souhait, assorties d'un sondage flatteur pour l'ancien président, plébiscité par les sympathisants de l'UMP et qui remporterait haut la main, selon l'IFOP, un duel avec François Hollande en 2017. Pour compléter le tableau, le Figaro Madame consacre un portrait-entretien à son épouse, Carla Bruni, « moderne diva » en bijoux Bulgari… HOMME PROVIDENTIEL
Nul besoin pour M. Sarkozy de se découvrir trop tôt. Il a suffi d'une phrase mordante, le 8 juillet devant les caciques de l'UMP, pour que chacun comprenne : « Quand je reviendrai, je vous préviendrai. »
Depuis, il distille commentaires et fausses confidences à ses nombreux
visiteurs de la rue de Miromesnil, ces derniers les répètent à l'envie
et dévoilent les ressorts de ce retour annoncé. Du grand art !
Touche après touche, en effet, se dessine le portrait de « l'homme providentiel »,
fustigé dès juillet par François Fillon. Car, bien évidemment, ce n'est
pas par désir de revanche que Nicolas Sarkozy reviendrait dans la
mêlée. Mais pour sauver la France de la débâcle où l'entraîne le « nullissime » François Hollande, pour reconstruire ce champ de ruines qu'est devenu l'UMP depuis son retrait, et pour empêcherMarine Le Pen de se qualifier pour le second tour de la présidentielle, puisque lui seul s'en estime capable.
Preuve que les temps sont troublés, Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à rêver de come-back. Sans avoir l'air d'y toucher, Alain Juppé, lui aussi, peut prétendreincarner la figure du recours. L'ancien premier ministre a subi, depuis trente ans, trop de coups et de contrecoups – à commencer par la dissolution ratée de 1997, puis sa condamnation judiciaire en 2004, alors qu'il présidait la nouvelle UMP –, pour s'aventurer à la légère. Sa priorité est de consolider son fief et d'être réélu, si possible au premier tour, maire de Bordeaux.
HOMME D'EXPÉRIENCE
Mais au-delà ? La « tentation de Venise » et l'exil
canadien sont derrière lui. L'air de l'Atlantique et la douceur des
Chartrons ont assoupli ses bottes trop raides il y a vingt ans. Les
épreuves l'ont patiné. A Matignon comme au Quai d'Orsay, il a peaufiné
son image d'homme d'Etat. Sans qu'il ait besoin d'insister, chacun lui reconnaît ses qualités d'homme d'expérience. Depuis un an, il s'est efforcé de jouer
les juges de paix dans la crise violente qui a secoué l'UMP, parlant à
chacun et courtisé par tous. Longtemps cruels, les sondages désormais
l'encouragent. Sera-t-il assez audacieux pour forcer son destin, au risque de perdre cette sérénité retrouvée ? Lui seul le sait.
Enfin, recours, retour et renaissance ne sont pas réservés à
la droite. Renaissance ? C'est précisément le thème, à peine
subliminal, que Martine Aubry avait développé dans une tribune auMonde, à la fin de l'été, au lendemain d'un passage remarqué à l'université d'été du PS à La Rochelle : une « nouvelle renaissance » pour « rendre l'avenir plus visible et plus désirable ». Et le nom du groupe de réflexion qu'elle a commencé à réunir en novembre. Comme son collègue de Bordeaux, la maire de Lille s'emploie, dans l'immédiat, à sa réélection. Mais rien ne lui interdit de penser à l'avenir, de peser dans le débat et d'apparaître, demain, comme incontournable aux yeux d'une gauche déboussolée. On ne préempte pas Matignon, mais l'on peut s'y préparer, au cas où.
A 74 ans, certes plus jeune que Clemenceau en 1917, Jean-Pierre Chevènement ne fait pas ce genre de plan sur la comète. Mais un homme qui a déjà réchappé d'un coma d'une semaine, en 1998, ne saurait bouder le plaisir d'une seconde résurrection. Et il savoure, le « Che », le regain de notoriété que lui vaut son solide essai sur L'Europe sortie de l'histoire
depuis 1914 (Fayard, 350 p., 20 €) ; et tout autant les spéculations
échevelées qui, ipso facto, ont fait de lui un recours possible pour
François Hollande !
Tous les candidats au retour devraient pourtant se méfier de la polysémie du mot. Tant qu'on se tient en retrait, à distance, en réserve, l'on peut susciter curiosité et intérêt. Dès que l'on revient dans l'arène, le retour peut vite prendre des allures de retour en arrière, de répétition ou de régression. courtois@lemonde.fr
COPY http://www.lemonde.fr/
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