Front national : vendredi, journée décisive pour Jean-Marie Le Pen


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    Front national : vendredi, journée décisive pour Jean-Marie Le Pen

    Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par
    Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national, conteste la suspension de son adhésion au parti.
    Le feuilleton du conflit opposant Jean-Marie Le Pen au Front national connaîtra de nouveaux développements vendredi 12 juin. A 10 heures, le député européen doit se présenter devant le tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour plaider en faveur de l’annulation de sa suspension du FN. M. Le Pen, qui estime être victime d’une « infamie », espère retrouver les prérogatives liées à sa fonction de président d’honneur : fauteuil réservé au sein des instances dirigeantes, carte de crédit, etc. Des privilèges dont il est privé depuis plus d’un mois.
    Dans l’assignation qu’il a déposée devant la justice, le cofondateur du parti d’extrême droite fait valoir que la procédure ayant abouti à sa suspension ne serait pas régulière. Surtout, il estime que la qualité de président d’honneur n’est pas affiliée à celle de membre d’une association et, donc, que sa suspension ne saurait entraîner le retrait des droits liés à cette fonction. Ces arguments, la direction du Front national les balaye d’un revers de la main. « La procédure est parfaitement régulière, je n’ai aucune inquiétude », a ainsi assuré Marine Le Pen. « Nous sommes bordés juridiquement. Et puis, même s’ils annulent la suspension, ça ne changera rien à l’assemblée générale qui va venir », juge, quant à lui, Wallerand de Saint-Just, ancien avocat du parti.

    Vote des adhérents sur le sort du président d’honneur

    Cette procédure ne représente, en effet, que l’introduction judiciaire d’un chapitre dont la nature est avant tout politique. Vendredi, peu après l’audience au TGI, le bureau politique du Front national doit se réunir au siège du parti, à Nanterre, pour décider des questions qui seront soumises aux adhérents lors de l’assemblée générale extraordinaire. Ce vote par correspondance doit trancher sur le sort réservé à la fonction de président d’honneur. Initialement, le bureau exécutif du 4 mai avait « constaté », selon le communiqué de presse diffusé ce jour-là, « la nécessité de supprimer l’article 11 bis des statuts du Front national, relatif à la présidence d’honneur ». Aujourd’hui, la situation n’est plus aussi claire.
    Certains dirigeants souhaitent qu’un « débat tactique » s’ouvre sur cette question. « Il n’y a pas de débat sur le fond, mais les adhérents nous disent juste de ne pas trop le [M. Le Pen] maltraiter », admet un responsable du parti. « Il ne faut pas supprimer cet article, pour le passé et pour l’avenir. Marine pourrait elle-même être présidente d’honneur dans dix ou quinze ans », note un autre cadre frontiste. Un bureau exécutif, réuni mercredi soir au Parlement européen de Strasbourg, a préparé ces débats.
    Les quatre-vingt-trois mille adhérents revendiqués — seuls quarante-deux mille votants avaient été comptabilisés au dernier congrès, en novembre 2014 — recevront un courrier aux alentours du 20 juin. Le parti d’extrême droite espère avoir bouclé le dépouillement des votes et l’ensemble de la procédure d’ici à la mi-juillet. Jean-Marie Le Pen fait valoir de son côté que seule la réunion physique d’un congrès peut défaire son statut de président d’honneur. En 2011, c’est par acclamation, lors du congrès de Tours, qu’il avait été créé. « Je ne vois pas comment on peut supprimer cette fonction sans que son titulaire s’exprime devant les adhérents », approuve Bruno Gollnisch.

    Refonte générale des statuts

    Pour habiller la procédure, une refonte plus générale des statuts du FN va être proposée aux militants. Les membres du bureau politique ont tous été invités à formuler des propositions pour les modifier. Le comité central, sorte de mini-parlement, devrait notamment être réformé. « Le bureau exécutif et le bureau politique fonctionnent bien, mais pas le comité central. Nous réfléchissons à ce qu’il soit plus actif et à ce qu’il intègre mieux les élus », explique Nicolas Bay, secrétaire général du FN. Baptisé dans les années 1970 sous l’impulsion de l’ancien communiste Victor Barthélemy, il devrait par ailleurs être renommé, son appellation étant jugée trop connotée.
    Toutes ces questions vont être regroupées et feront l’objet d’une seule et même réponse. « On ne peut pas faire autrement, si on laissait voter article par article, il y aurait des incohérences », fait valoir Nicolas Bay. Quid du militant qui souhaite rénover les statuts mais veut laisser à Jean-Marie Le Pen le bénéfice de la présidence d’honneur ? « Dans ce cas-là, il gardera les vieux statuts avec Jean-Marie Le Pen », répond Marine Le Pen.
    Jean-Marie Le Pen demande, de son côté, à ce que « la question sur la suppression de la présidence d’honneur » soit posée à part. « L’attitude consistant à poser cinq questions en ne donnant qu’une seule réponse est une crapulerie, estime le cofondateur du parti dans une interview au Figaro. Elle a déjà été pratiquée par des hommes d’Etat français. On en connaît les mécanismes. Cela s’appelle l’amalgame. »
    Olivier Faye
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