Depuis la démission de Blatter à la tête de
la FIFA, de nombreuses voix appellent à une candidature du Français.
Mais l'UEFA et son patron ne sont pas exempts de tout reproche.
L'indéboulonnable Joseph Blatter a lâché prise, après dix-sept ans de
règne à la FIFA. Et depuis l'annonce de sa démission, mardi 2 juin, les
déclarations en faveur d'une candidature de Michel Platini, président
de l'UEFA, n'en finissent plus.
Le patron de la Fédération française de football, Noël Le Graët, qui a
pourtant voté pour la réélection de Blatter à Zurich vendredi 29 mai,
ne tarit pas d'éloges sur l'ancien meneur de jeu des Bleus : « Tous les Européens pensent que Michel est le meilleur, mais c'est à lui de décider. » A la tête de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez, n'est pas en reste : «
Pour moi, un nom s'impose pour la présider, celui de Michel Platini,
immense footballeur qui s'est révélé ensuite un très grand dirigeant à
la tête de la confédération européenne. Michel serait le président idéal
pour la FIFA ! »
Du ministre des Sports actuel, Patrick Kanner, à l'ancienne ministre
des Sports Valérie Fourneyron, le monde politique lui a aussi déclaré sa
flamme. Selon M. Kanner, Michel Platini est « un très grand
président de l'UEFA, qui a des qualités d'autorité, d'engagement, de
probité pour se lancer dans la candidature à la présidence de la FIFA ».
Pour Mme Fourneyron, « Platini a démontré qu'il avait toutes les qualités pour relever le défi ».
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Noël Le Graët place même l'UEFA et les Européens en modèle de vertu. «
Je pense que demain (...) il faut un candidat européen, l'institution
européenne est quand même la plus organisée, celle qui respecte le mieux
le droit », a-t-il déclaré. Contacté, le président de l'UEFA ne souhaite pas donné d'interviews pour le moment.
Mais la très puissante confédération européenne, qui génère encore
plus de revenus que la FIFA (8,3 milliards de dollars entre 2011 et
2014), est-elle vraiment un exemple de vertu ? Plusieurs points
permettent d'en douter. >> Lire aussi : Infographie : la FIFA, le « monstre » de Joseph Blatter
L'UEFA, adepte des cadeaux fiscaux
L'UEFA n'est pas un contribuable comme les autres, le constat tient
de l'euphémisme. La puissante confédération, qui a choisi d'attribuer
l'Euro 2016 à la France, bénéfice de conditions d'accueil dans
l'Hexagone pour le moins avantageuses. Alors que l'UEFA prévoit, avec
cette compétition, des recettes de l'ordre de deux milliards d'euros,
elle ne devrait quasiment pas payer d'impôts.
La société, Euro 2016 SAS, détenue à 95 % par l'UEFA et à 5 % par la
Fédération française de football, a été créée pour promouvoir
l'événement et commercialiser ses droits (marketing, retransmissions
télévisées, billetterie...). Euro 2016 SAS, à la tête de laquelle figure
Jacques Lambert, un proche de M. Platini, bénéficiera d'un important
cadeau fiscal, grâce à une récente loi qui prévoit désormais d'exonérer
fiscalement les structures chargées de l'organisation en France d'une
compétition sportive internationale. >> Lire : le cadeau fiscal qui ne passe pas
Rien de vraiment choquant pour le ministre des Sports Patrick Kanner, qui déclarait au Monde.fr, le 5 novembre 2014 : «
Si nous n'avions pas pris cette décision, la France n'aurait jamais
accueilli cette compétition. Si la France ne s'était pas engagée, l'Euro
2016 serait parti ailleurs. Alors que souhaite-t-on ? Voir la France
disparaître du paysage sportif français ? » >> Lire aussi : pourquoi offrir un cadeau fiscal à l'UEFA
L'exonération fiscale, qui figurait dans le cahier des charges pour
l'attribution de l'Euro 2016, n'est pas une nouveauté : l'Ukraine et la
Pologne, organisateurs de l'édition 2012, avaient déjà dû s'y soumettre,
comme ce fut le cas des pays organisateurs des Euros 2008 et 2004.
Platini, un président à bonne école
Après une reconversion express en sélectionneur de l'équipe de France
(1988-1992), le triple Ballon d'or (1983, 1984 et 1985) est nommé avec
Fernand Sastre co-président du comité d'organisation du Mondial 1998, un
choix effectué par l'ancien chef de l'Etat en personne, François
Mitterrand.
Après la Coupe du monde en France, Michel Platini devient conseiller
spécial d'un certain Joseph Blatter, lors de la première élection du
Suisse au poste de président de la FIFA. Aux côtés de cet animal
politique que l'on croyait insubmersible, il se forme aux rouages du
pouvoir footballistique.
C'est Blatter en personne qui favorise son accession à la présidence
de l'UEFA en 2007, face à l'expérimenté président en place, le Suédois
Lennart Johansson, en place depuis 1990. Lors de sa première élection,
M. Platini séduit les pays de l'Est en promettant une réforme de la
Ligue des champions afin de favoriser les champions issus des petits
championnats, remet un soulier d'or au buteur croate Darko Pancev, privé
du trophée en 1991 à cause de la guerre en ex-Yougoslavie, et cultive
des amitiés sulfureuses notamment avec l'oligarque arménien Ruben
Hayrapetyan.
Réélu depuis deux fois, en 2011 et en 2015, à chaque fois
par « acclamation », faute de concurrence, Michel Platini n'a pas
grand-chose à envier en matière de sens politique à son ancien mentor
Sepp Blatter.
Membre du comité exécutif de la FIFA depuis 2002, Michel Platini est
l'un des 28 dirigeants de la Fédération internationale qui ont reçu sans
broncher une montre de luxe de 20 000 euros offerte par la Fédération
brésilienne lors de la dernière Coupe du monde. « Moi, les cadeaux je ne les rends pas, avait alors réagi M. Platini après la révélation de l'affaire.
Je vais demander la valeur exacte de la montre et je vais donner la
valeur de cette montre à une association, je vous dirai à qui je
donnerai cet argent. » >> Lire : qui veut dire du mal de Platini ? A l'UEFA, personne...
Le Qatar, le caillou dans la chaussure du président
Dans l'enquête de la justice américaine, l'attribution du Mondial
1998 à la France apparaît. Jack Warner, ancien président de la Concacaf
et ancien vice-président de la FIFA, aurait « sollicité et obtenu des pots-de-vin dans le cadre des processus d'attribution des Mondiaux 1998 et 2010 ».
Même si Michel Platini n'est pas nommé, il co-présidait à l'époque le
comité d'organisation avec Fernand Sastre. Jacques Lambert, directeur
du comité d'organisation du Mondial 1998 et président d'Euro 2016 SAS,
proche de Michel Platini, reconnaît une rencontre entre Fernand Sastre
et Warner mais réfute toute idée de corruption : « Warner avait
demandé à ce que l'équipe de France aille jouer à Trinidad, son pays, un
match de préparation de la Coupe du monde 1994. C'est tout. Il n'y avait pas eu de demande d'argent sous ou sur la table, dans des enveloppes ou des valises. »
Les relations de l'homme fort de l'UEFA avec le Qatar posent
également question. Sepp Blatter ne s'était d'ailleurs pas privé d'en
jouer lorsqu'une candidature concurrente du Français à la FIFA était
dans l'air. Le Suisse avait alors rappelé la tenue d'un déjeuner en
2010, une semaine avant le vote pour le Mondial 2022, entre le président
Nicolas Sarkozy, l'émir et le premier ministre du Qatar, et Michel
Platini.
Le président de l'UEFA a bien reconnu avoir voté pour la candidature
victorieuse de l'émirat mais il s'est défendu dans un communiqué,
assurant avoir « fait [s]on choix en toute indépendance, en suivant une logique simple qui est celle qu'[il] prône depuis toujours : l'ouverture à des pays qui n'ont encore jamais organisé de grands événements sportifs. » Il a par ailleurs réfuté toute demande de M. Sarkozy en faveur du Qatar : «
Le président Sarkozy ne se serait jamais permis de me demander de voter
pour Qatar 2022 car il sait que je suis un homme libre. »
Autre fait troublant, le fils de Michel Platini, Laurent, a intégré
en janvier 2012 la direction juridique de QSI, le fonds d'investissement
qatari qui a racheté le PSG en 2011. >> Lire : Derrière le Qatargate, la guerre Platini-Blatter
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