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Par Sandrine Morel (Madrid, correspondance)
Référence historique de l'extrême-droite espagnole, grand défenseur
du franquisme, Blas Piñar est mort le 28 janvier à Madrid à l'âge de 95
ans. Né en 1918 à Tolède, d'un père militaire qui, durant la guerre
civile participera au siège de l'Alcazar aux côtés des nationalistes
fidèles à Francisco Franco, Blas Piñar n'a cessé jusqu'à ses derniers jours de défendre les principes idéologiques du coup d'Etat du 18 juillet 1936 : lutte contre le communisme et l'athéisme, et défense de l'unité de l'Espagne.
Docteur en droit, devenu membre du corps des notaires en
1949, nommé par Franco membre des Cortes (pseudo-parlement), directeur
de l'Institut de culture hispanique de 1957 à 1962, puis, à partir de 1971, conseiller
national du Movimiento (Mouvement), l'appareil d'Etat franquiste, Blas
Piñar n'a jamais occupé de hautes fonctions dans la structure d'Etat
franquiste. Considéré de son propre aveu comme trop « exalté » par
Franco, il s'était opposé à l'ouverture interne du régime lorsqu'en 1967
avait été votée la loi organique de l'Etat, qui préparait la succession
monarchique et rendait possible la création d'associations politiques. ULTRA-CATHOLIQUE ET PATRIOTIQUE
Mais après la mort de Franco, en 1975, ses talents
d'orateurs et son discours ultra-catholique et patriotique fit mouche
chez les nostalgiques de la dictature. Durant la transition démocratique
(1976-1982), à laquelle il s'opposait, il rassemblait des milliers de
personnes sur la place d'Orient pour commémorer chaque 20 novembre la mort du Caudillo.
Fondateur de Fuerza Nueva, maison d'édition née en 1966 pour propager les idées du franquisme, transformée en parti politique ultra-catholique et patriotique en 1976, il ne parvint cependant pas à « transformer ces applaudissements en votes »,
comme il le demandait. Son seul mandat politique fut celui de député au
Parlement, entre 1979 et 1982, seul élu de la coalition
d'extrême-droite Union nationale qui avait récolté 380 000 votes. Comme
parlementaire, il assista à la tentative de coup d'Etat du colonel
Antonio Tejero, le 23 février 1981, mais nia en avoir eu connaissance auparavant. L'ESPRIT DE LA GUERRE CIVILE
En 1982, Fuerza Nueva qui n'avait pas obtenu de siège au Parlement se dissout pour se reconstituer en 1986 sous le sigle Frente national (Front national), sur le modèle du Front national français. Candidat frustré aux élections européennes de 1987 et 1989, Blas Piñar ne parvint pas à faireémerger
un parti d'extrême-droite solide. Sans doute parce qu'il revendiquait
davantage l'esprit de la guerre civile et du totalitarisme de la
première moitié du franquisme que l'ouverture de la seconde moitié.
Au contraire, Allianza Popular, créée par l'ancien ministre
de la propagande de Franco, Manuel Fraga, et surtout son successeur, le
Parti Populaire (PP) de José Maria Aznar, parvinrent à rassembler toutes les tendances de la droite du centre
jusqu'à ses frontières extrêmes. En 2012, Blas Piñar concourra encore
pour les élections municipales de Tolède pour le parti ultra-catholique
Alternative espagnole, dont il était président d'honneur. Son cheval de
bataille : l'unité de l'Espagne et l'ordre moral dans un pays qu'il
qualifiait de « malade, agonisant et frivole ». TRIBUNE HAGIOGRAPHIQUE
Malgré son manque de poids politique, ses idées restent
vivantes, notamment dans le parti Plataforma per Catalunya de Josep
Anglada, ancien candidat du Frente national ou le récent parti Vox, créé
par des dissidents du PP et où milite l'un des ses petits-fils, qui
demande la fin des autonomies régionales espagnoles et une
recentralisation de l'Etat. Le journal ABC, proche du PP, a
publié à l'occasion de son décès une tribune hagiographique, signée par
José Utrera Molina, ancien ministre de Franco et beau-père de l'actuel
ministre de la justice Alberto Ruiz Gallardon, auteur du projet de loi visant à supprimer le droit à l'avortement.
Sandrine Morel (Madrid, correspondance)
Journaliste au Monde
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