A Donetsk, « la plupart des gens soutiennent les séparatistes, mais beaucoup ont peur d'eux » - L'OTAN prête à réagir fermement dans le dossier ukrainien La Commission européenne propose de nouvelles sanctions contre la Russie Ukraine : Moscou et Kiev esquissent une sortie de crise L'OTAN affiche sa fermeté face à Vladimir Poutine
Le petit magasin d'Alexandre et Olga, sur le marché Kontinent, est sans doute l'un des seuls de Donetsk à n'avoir pas fermé ses
portes de l'été, même au plus fort des bombardements sur la capitale du
Donbass. A première vue pourtant, les étals du magasin ne semblent pas
de première nécessité dans une ville en guerre : on y trouve pour unique
marchandise des pelotes de laine par dizaines. « Nous aussi, nous sauvons des gens ! s'insurge Olga. Vous savez que tricoter est un puissant remède contre le stress. »
Son mari a le sourire,
lui aussi. Le marché retrouve presque son animation habituelle, même si
environ les deux tiers des magasins restent fermés. Mais les étals sont
remplis, les pénuries de l'été sont presque oubliées. Seul l'argent
liquide manque : les distributeurs sont vides, et Alexandre n'a pas de
terminal de carte bleue. Un retraité explique qu'il ne perçoit pas sa
pension parce qu'il n'a pas de compte en banque.
Une voiture de police
passe entre les boutiques. La dernière coquetterie des dirigeants de la
« République populaire de Donetsk » : les véhicules arborent désormais
des plaques d'immatriculation de l'entité autoproclamée, et
l'inscription « militsia » a été remplacée par le « politsia » en usage
dans la Fédération de Russie. MANIÈRE FORTE
L'homme au volant – en civil, kalachnikov sur les genoux – explique qu'il était déjà policier auparavant. « Rien n'a changé, dit-il, si ce n'est que la RPD paie mieux, et qu'il y a moins de criminalité. » Les responsables séparatistes n'ont jamais caché qu'ils avaient utilisé la manière forte pour se débarrasser aussi bien des alcooliques et des vagabonds que des voleurs – battus et parfois pris comme travailleurs forcés. Sans parler de leurs opposants, contraints à l'exil ou victimes de persécutions pouvant aller jusqu'à la torture et la mort.
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Ukraine : Poutine envisage une trêve, les Occidentaux doutent
Au
moins 87 soldats ukrainiens auraient été tués dans la bataille
d'Ilovaïsk, dans l'est de l'Ukraine. Les loyalistes, restés encerclés
plus de huit jours dans cette localité située à 20 km de Donetsk,
seraient morts à la fin août selon un responsable militaire régional.
Une nouvelle perte qui aggrave les tensions entre Occidentaux et Russes.
Des Occidentaux qui multiplient les démonstrations de soutien à Kiev et
à son président, Petro Poroshenko. L'OTAN prévoit de nouveaux
entraînements des forces aériennes dans les États baltes voisins, à la
mi-septembre.
Des manoeuvres internationales qualifiées d'exercice 'de maintien de la
paix'. De son côté Vladimir Poutine, en visite en Mongolie, a présenté
un plan de règlement du conflit qui prévoit notamment une trêve négociée
et un échange de prisonniers. Toujours selon le chef du Kremlin, un
accord entre séparatistes et Kiev pourrait intervenir dès demain, mais
les Occidentaux n'y croient pas.
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« Espérons que ces gens sont honnêtes », souffle Alexandre à la vue de la voiture de police, semblant entériner
le passage définitif de la région sous la coupe des séparatistes. Comme
beaucoup à Donetsk, Alexandre et Olga ne croient plus à une
réconciliation avec Kiev, pas plus qu'ils ne croient à l'hypothèse d'un
cessez-le-feu rapide, revenue sur le devant de la scène, mercredi
3 septembre, après des contacts entre MM. Porochenko et Poutine, les
présidents russe et ukrainien.
Quelques heures après l'annonce – vite démentie – d'un
accord, une quinzaine d'explosions retentissaient dans Donetsk,
apparemment des tirs de mortier sur l'aéroport encore tenu par les
forces ukrainiennes.
Ainsi va la vie à Donetsk. Une ville où les bombardements
ont largement baissé en intensité depuis une semaine que les
séparatistes sont repassés à l'offensive, mais où les mineurs – ceux
dont les mines n'ont pas été détruites – continuent de descendre
sous terre la peur au ventre, à la merci d'une coupure d'alimentation.
Une ville qui se repeuple peu à peu, mais où les enfants restent
invisibles. « UN ETAT RECONNU PAR PERSONNE »
La plupart ont été évacués, et la rentrée scolaire, prévue le 1er septembre, a été repoussée d'un mois. En attendant, les élèves sont censés suivre des cours en ligne. « Mon fils de 13 ans commence à mal vivre la situation, il est stressé, dort mal », raconte Ania, qui, à la gare de bus, attend de savoir si elle pourra rejoindre la petite banlieue-dortoir où elle habite.
Dans la petite entreprise où elle travaille comme comptable, les trois quarts des employés sont partis. « Notre firme travaille principalement avec d'autres régions de l'Ukraine, que se passera-t-il si l'on a ici un Etat reconnu par personne ? » Ania refuse pourtant de dire si elle espère un retour – hautement improbable – de l'armée ukrainienne. « Même si la plupart des gens soutiennent les séparatistes, beaucoup ont peur d'eux, affirme Iouri, un chauffeur de taxi qui somnole au soleil. Dans
mon immeuble, deux appartement sont occupés par des combattants. Ils
ont forcé la porte et se sont installés. Quand ils ont pris la place de
parking que j'utilise habituellement, j'ai fait semblant de résister, mais pas longtemps. »
Benoît Vitkine (Donetsk, envoyé spécial)
Journaliste au Monde
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