Dans la Drôme, des terres rendues à la vie sauvage
LE MONDE |
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Par Audrey Garric (Véronne, Drôme, envoyée spéciale )
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L'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a
racheté à des particuliers 110 hectares de terrains sur le massif du
Grand-Barry (Drôme). Crédits : Roger Mathieufacebooktwittergoogle +linkedinpinterest
Objectif de ce lieu inédit en France : laisser la nature s'exprimer sans la moindre intervention humaine. Crédits : Rémi Collangefacebooktwittergoogle +linkedinpinterest
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« Alors que les parcs et réserves naturelles ne protègent plus
autant la biodiversité, en autorisant fréquemment la chasse et
l'exploitation forestière, nous avons développé un nouvel outil pour
assurer une protection pérenne des milieux naturels : l'acquisition
foncière, explique Pierre Athanaze, le président de l'Aspas. Depuis 2010, nous rachetons des terrains avec comme seul mode de gestion la libre évolution. » facebooktwittergoogle +linkedinpinterest
A perte de vue, des falaises de calcaire s'élèvent, majestueuses,
tapissées d'un dense couvert forestier. En contrebas, un ruisseau, le
Riousset, s'étire longuement, bordant quelques rares bâtisses de pierres
du hameau de Véronne. C'est dans ce lieu majestueux, au coeur de la
Drôme et aux portes du Vercors, que l'Association pour la protection des
animaux sauvages (Aspas) va inaugurer, mardi 22 avril, la première réserve privée de vie sauvage, celle du Grand Barry. Objectif de ce lieu inédit en France : laisser la nature s'exprimer sans la moindre intervention humaine. Et prendre le relais d'une gestion publique des aires protégées jugée « déficiente ».
« Alors que les parcs et réserves naturelles ne
protègent plus autant la biodiversité, en autorisant fréquemment la
chasse et l'exploitation forestière, nous avons développé un nouvel
outil pour assurer une protection pérenne des milieux naturels : l'acquisition foncière, explique Pierre Athanaze, le président de l'Aspas, reconnue d'utilité publique. Depuis 2010, nous rachetons des terrains avec comme seul mode de gestion la libre évolution. »
Des médecins russes ont développé des tests permettant de
diagnostiquer la maladie de Parkinson quelques années avant l'apparition
de ses premiers symptômes
FONDS PRIVÉS
Pour financer ses espaces, l'association, qui refuse d'être subventionnée par l'Etat, ne recourt qu'à des fonds privés : ce sont les cotisations de ses 11 000 adhérents, ainsi que des dons, legs et un coup de pouce de la Fondation pour une Terre humaine, qui ont permis de réunir les 150 000 euros nécessaires à l'acquisition des 110 hectares de terrains du Grand Barry, achetés à des particuliers.
Des opérations similaires menées dans les Côtes-d'Armor et dans la Haute-Loire permettent aujourd'hui à l'association de totaliser
300 hectares « sauvages ». Pour l'instant, seule la zone du Grand Barry
a été labellisée « réserve de vie sauvage », une marque déposée par
l'Aspas. Elle a par ailleurs intégré en février le réseau européen
Rewilding Europe, qui regroupe 27 réserves et vise à atteindre, d'ici à 2020, un million d'hectares. CAHIER DES CHARGES EXIGEANT
Le cahier des charges de ces « îlots de naturalité »
est des plus exigeants. Sont interdits la chasse et la pêche,
l'exploitation forestière et agricole, l'élevage, les feux, les dépôts
de déchets, le passage de chiens non tenus en laisse et même la
cueillette. Seule la promenade non motorisée, sur les sentiers, est
autorisée.
Ce niveau de protection très élevé et unique en France
correspond à la catégorie 1b (zone de nature sauvage) du classement des
aires protégées, réalisé par l'Union internationale de conservation de
la nature, qui mesure, sur une échelle de 6, l'intervention humaine sur
la nature. Une demi-douzaine d'agents assermentés – bénévoles – seront
bientôt formés pour fairerespecter la charte dans cet espace en libre accès, et des panneaux d'information seront installés. EFFETS VISIBLES DANS PLUSIEURS GÉNÉRATIONS « Depuis près de deux ans que les terrains sont interdits à la chasse, nous avons observé un retour des grands ongulés », s'enthousiasment Roger Mathieu et Françoise Savasta, administrateurs de l'Aspas dans la Drôme, en faisant découvrir
la réserve. Lors de la visite, on n'apercevra aucun des nombreux
chamois, chevreuils, biches ou cerfs qui arpentent les sentiers et
rochers de la zone, en raison de la chaleur et des fortes bourrasques de
vent. Mais les multiples traces et crottes, ainsi que les pièges photo
installés sur des arbres, attestent des fréquents passages des
herbivores. « La biodiversité est exceptionnelle ici. On procède à un inventaire de la faune et la flore »,
indique Roger Mathieu, en suivant avec ses jumelles des aigles royaux,
circaètes, éperviers et vautours fauves qui paradent dans le ciel. A
hauteur de sol, ce sont des hépatiques, colchiques ou encore gesses de Hongrie qui fleurissent au pied des chênes pubescents et pins sylvestres. « En France, c'est inimaginable que l'on achète et privatise des terrains pour ne rien en faire, si ce n'est regarder la nature évoluer »,
regrette Françoise Savasta, passionnée de botanique. Mais les effets
véritables de cette renaturalisation ne seront visibles que dans
plusieurs générations. SEULEMENT 1 % DU TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN PROTÉGÉ
La protection française des espaces naturels a pris son
envol au début des années 1960, avec la création progressive d'une
vingtaine d'outils et de statuts, tels que les parcs nationaux (au
nombre de dix), les parcs régionaux (48), les réserves naturelles (166
nationales, 129 régionales et 6 corses), les sites Natura 2000 ou encore
les arrêtés de biotopes.
Malgré tout, seulement 1 % du territoire métropolitain est aujourd'hui « sous protection forte » – un chiffre qui est censé doubler d'ici à 2019 en vertu des engagements du Grenelle de l'environnement. « Nous avons des lacunes en termes de protection par rapport à nos voisins européens, regrette Daniel Vallauri, chargé de la biodiversité et des forêts pour WWF France. En
France, l'homme a toujours façonné l'ensemble de ses paysages,
notamment par l'agriculture, l'exploitation forestière et
l'urbanisation. Et nous avons des propriétaires et des usages privés
partout, qu'il faut satisfaire. » « LA LOI DE 2006 A ABAISSÉ LES EXIGENCES »
La loi de 2006, qui réforme le statut des parcs nationaux, a
accru l'empreinte humaine sur ces espaces naturels. En ouvrant les
conseils d'administration des parcs aux élus locaux, et en renégociant
leur charte avec les communes, elle les a davantage soumis aux pressions
économiques et touristiques. « L'objectif était de concilier impératif de protection et développement économique, afin de favoriser l'acceptabilité de l'ensemble du parc par les élus et citoyens », explique Alby Schmitt, directeur adjoint de l'eau et de la biodiversité au ministère de l'écologie. « La loi aabaissé les exigences de protection du coeur des parcs, ceux-là mêmes qui devraient être des sanctuaires »,
rétorque Anthony Turpaud, secrétaire de la branche espèces protégées au
Syndicat national de l'environnement et agent technique au parc du
Mercantour. « Nous avons moins de temps à consacrer aux zones centrales car nous avons des nouvelles missions de développement local dans les zones périphériques, poursuit-il. Surtout, le lobbying des différents groupes d'intérêts est devenu plus fort. »
Ainsi la chasse a-t-elle été autorisée dans le cœur du
dernier-né des parcs nationaux, celui des Calanques – de même que dans
70 % des réserves naturelles. Le parc national des Cévennes, de son
côté, a demandé à être une zone d'exclusion pour le loup. A l'inverse du Grand Barry, où les animaux sauvages sont désormais maîtres de leur territoire.
Audrey Garric (Véronne, Drôme, envoyée spéciale )
Journaliste au service Planète du Monde
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