Macron en "terre de conquête" au salon de l'Agriculture

Macron en "terre de conquête" au salon de l'Agriculture

POOL/AFP / LUDOVIC MARINEmmanuel Macron caresse une vache au salon de l'Agriculture, le 24 février 2018 à Paris.
Emmanuel Macron s'est dit convaincu que l'agriculture française était une "terre de conquête" samedi au 55e salon du secteur, où il a été accueilli par des sifflets mais aussi des applaudissements, illustration des tensions actuelles au sein d'un monde paysan en pleine réorganisation.
Les incertitudes portent notamment sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC), dont la France est l'un des principaux bénéficiaires, après le départ du Royaume-Uni en 2020. Vendredi à Bruxelles, les dirigeants européens ont fait le constat de leurs divisions sur le sujet.
"On est là pour faire le point sur les professions, le financement, le modèle social, la recherche, préparer les prochaines échéances (notamment) le schéma de la PAC à venir, clarifier les choses, donner de la visibilité à ceux qui vont bénéficier des aides et clarifier les impacts sur les financements des uns et des autres", a déclaré le président, arrivé dès 07H45 au salon, lors d'une première réunion, à huis-clos, avec les acteurs institutionnels de l'agriculture.
POOL/AFP / ludovic MARINUne vache dans son enclos au salon de l'Agriculture le 24 février 2018 à Paris
Il doit aussi rencontrer dans la journée le Commissaire européen à l'Agriculture Phil Hogan, présent Porte de Versailles.
"Je sais l'importance qu'a notre agriculture, je sais les attentes, les angoisses et la souffrance sur le terrain. Je suis convaincu qu'il y a un avenir certain pour notre agriculture mais à inventer ensemble, il y a des décisions difficiles à prendre dans certains secteurs. L'agriculture française est aussi une terre de conquête, il y a beaucoup de choses à faire", a ajouté Emmanuel Macron.
- Sifflets et applaudissements -
POOL/AFP / ludovic MARINUne femme interpelle le président Emmanuel Macron au salon de l'Agriculture à Paris, le 24 février 2018
Le président est ensuite rencontrer des exposants, arrivant vers 09H30 dans le hall hébergeant la vache Aubrac "Haute", égérie du salon, et l'ensemble des animaux. Il a tout d'abord été accueilli par des agriculteurs déguisés, des bousculades et des applaudissements, ont constaté deux journalistes de l'AFP.
"Je suis heureux de passer la journée avec des passionnés" a-t-il affirmé lors de sa rencontre avec Thibault Dijols, l'éleveur de Haute, venu d'Aveyron. "Elle n'est pas farouche, c'est incroyable on dirait presque qu'elle cherche la caresse", a-t-il commenté après avoir passé la main sur le museau de la vache.
Plus loin, il a toutefois été sifflé pendant plusieurs minutes par une dizaine de membres des Jeunes agriculteurs, qui ont brandi des T-shirts portant l'inscription "Attention agriculteurs en colère".
Plus tôt, une quinzaine de militants pro-vegan avaient aussi manifesté très brièvement, avant d'être expulsés manu militari.
Après de nouveaux sifflets de Jeunes agriculteurs, le chef de l'Etat a bifurqué pour aller répondre pied à pied à ses contempteurs, des céréaliers qui protestaient contre la fin du glyphosate et contre le projet d'accord de libre-échange UE/Mercosur.
"Je vous engueule parce que j'aime pas qu'on me siffle derrière; mais après je viens vous voir et on s'explique", leur a-t-il dit calmement, promettant que "personne ne sera laissé sans solution".
Les éleveurs craignent notamment l'importation sur le continent de 70.000 tonnes de viande bovine sud-américaine par an, à droits de douane réduits si l'UE signe un accord commercial avec les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay).
Pour déminer le terrain, le président expliqué jeudi à 700 jeunes agriculteurs reçus à l'Elysée qu'il voulait réorganiser l'agriculture en "filières" pour tenter de garantir sa rentabilité, tout en la sortant de sa dépendance aux fonds publics européens.
Il a aussi laissé entrevoir le lancement d'un système de "préretraites agricoles avec une sortie progressive de l'activité", afin de permettre à un jeune de prendre la suite de ses parents.
Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, présent à la réunion de samedi matin, a indiqué à l'AFP qu'il avait surtout fait passer le message selon lequel les "agriculteurs se sentent abandonnés, qu'ils en ont assez des discours et demandent des actes".
Les inquiétudes sont d'autant plus fortes que les paysans français peinent à vivre de leur travail en raison de la guerre des prix impulsée par la grande distribution.
"Il y aura des contrôles et des résultats concrets", a promis M. Macron à un agriculteur déguisé en vache, qui se plaignait de "la grande distribution qui se moque de nous".
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