Les vestiges monumentaux de Palmyre à nouveau en danger


Les vestiges monumentaux de Palmyre à nouveau en danger



Depuis deux ans, des cris d’alarme sont lancés pour sauver cette ville aux trésors architecturaux inestimables en Syrie, actuellement encerclée par l’Etat islamique.
  • L’Etat islamique encercle toujours la cité antique de Palmyre
  • En Irak, l'Etat islamique sur le point de prendre la ville de Ramadi
  • Les sites de la Mésopotamie antique menacés par la guerre et le terrorisme Visuel interactif
  • « Si l'EI entre à Palmyre, ce sera une catastrophe internationale » 

    Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

    Le sanctuaire de Baal.
    L’organisation terroriste Etat islamique (EI) serait aux portes de Palmyre, antique cité florissante située au centre de la Syrie, dont les vestiges monumentaux, savant mariage d’architecture greco-romaine et d’influences locales, datant des premiers siècles de notre ère, s’étirent sur plusieurs kilomètres. Un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1980, et sur la liste du patrimoine en péril, en 2013, après avoir subi des dommages et des pillages.
    Après le saccage, dans le nord de l’Irak, du musée de Mossoul, puis d’Hatra, cité parthe, et de Nimroud, capitale assyrienne, l’EI profère ses menaces en Syrie sur l’un des sites les plus riches et les plus importants de la région.
    Selon nos sources, vendredi 15 mai, l’armée loyaliste, qui occupe la colline et le château dominant le site archéologique, aurait repoussé les djihadistes à plusieurs kilomètres. L’armée, avec ses blindés et son support aérien, serait très présente autour des ruines qui s’épanouissent à l’ouest de l’oasis et au sud de la ville moderne.
    « S’il y a une bataille rangée, cela se passerait dans le site », où une colonnade de 1 200 mètres demeure debout sur plus de la moitié de sa longueur, s’inquiète Manar Hammad, architecte et archéologue franco-syrien. Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur Palmyre, M. Hammad a travaillé pendant douze ans sur place. Il estime qu’il pourrait s’agir d’une opération de diversion de la part de l’EI, qui livre bataille, au sud de Homs, à la frontière libanaise, pour alléger la pression sur cette zone et faciliter le trafic des armes.

    La carte des sites archéologiques en péril en Mésopotamie, sous la menace de l'Etat islamique et des conflits successifs en Irak et en Syrie.

     

    Agora, camp de Dioclétien, théâtre, bains et tombeaux à tours



    Palmyre est l’ancienne Tadmor qui, selon la Bible, aurait été construite par Salomon, et dont les premiers témoignages datant du XVIIIe siècle av. J.-C. proviennent des fouilles opérées à Mari, cité mésopotamienne, située plus à l’est.
    C’est dire l’aura de la puissance économique de la cité caravanière qui fut, devant Pétra, la plaque tournante des échanges Orient-Occident, entre l’Inde, la Chine, la Perse, la Mésopotamie, et Rome. Elle était connue, aussi, pour ses étoffes précieuses et la virtuosité de ses tisserands qui travaillaient les soies et cachemires venant d’Inde et de Chine.
    En plein désert, Palmyre, vaste oasis où s’épanouissent palmiers datiers et grenadiers, est, en 19 av. J.-C., sous l’empereur Tibère, un carrefour caravanier opulent, alors que la région a le statut de province romaine.
    La ville est alors peuplée de tribus nomades, foncièrement indépendantes et riches du commerce. En l’an 139, Hadrien accorde à Palmyre le statut de cité libre. Ce fut la gloire avant les derniers feux. La ville tombera sous le joug romain en 273. Restent des éléments de l’agora, du camp de Dioclétien, du théâtre, des bains, ou encore les tombeaux à tours et reliefs dont les ruines impressionnent. A partir d’un vocabulaire gréco-romain, Palmyre a inventé sa propre écriture architecturale, grandiose. Jusqu’à poster les statues, trop nombreuses, en haut des colonnes pour gagner de la place au sol.
    Près de deux ans se sont écoulés depuis le cri d’alarme, lancé en août 2013 à la tribune de l’Unesco, par Maamoun Abdulkarim. Le directeur général des antiquités et des musées de Syrie avait alors exhibé la cartographie d’une cinquantaine de sites archéologiques victimes de fouilles illicites, et des treize centres urbains et sites historiques en danger, afin de sensibiliser la communauté internationale au sauvetage du patrimoine de son pays.
    Aujourd’hui l’appel d’Irina Bokova, la directrice de l’organisation onusienne, qui martèle que « le site a déjà souffert de quatre années de conflit, qu’il a souffert du pillage, et qu’il représente un irremplaçable trésor pour le peuple syrien et pour le monde », sonne comme un coup d’épée dans l’eau.

     Florence Evin
    Journaliste au Monde 
  • copy  http://www.lemonde.fr/

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